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Mélenchon, premier ministre?

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Mélenchon, premier ministre?
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Le 25 avril 2013, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’émission « des paroles et des actes ». Nous avons eu droit à un Mélenchon tour à tour gouailleur, vociférant, passionné, philosophe, économiste, ambitieux, voire premier ministrable. Par moment, dans l’attitude, j’ai vu du Georges Marchais chez Mélenchon, voire même du Jean-Marie Le Pen. On a aussi retrouvé Mélenchon le tribun (comme je l’écrivais en avril 2012) , dans le sens où il occupe la tribune, le devant de la scène comme lorsqu’il voyait le Front de Gauche, troisième force politique en France. Nous avons aussi vu un Mélenchon qui s’estime trahi, et dont les propos sont teintés d’une pointe d’amertume. Nous avons aussi eu le porte-parole du Front de Gauche qui propose des idées pour relancer la France, idées qui apparaissent comme utopiques pour peu qu’on regarde l’histoire de plus près.

L’homme qui a fait élire F. Hollande

Mélenchon l’a souligné, l’a rappelé, l’a martelé, c’est grâce à lui que F. Hollande a été élu président de la République en mai 2012. Le Front de Gauche à l’issue du premier tour des présidentielles, pèse 11% des votes exprimés, soit 4 millions d’électeurs.  Hollande, le soir du 6 mai 2012 devance Nicolas Sarkozy de 1 million de voix. Donc dans l’esprit de Mélenchon, il a fait élire Hollande. Je me contenterai de dire, qu’en appelant à voter Hollande, il a aidé à son élection. Déjà à ce moment du débat, on sent poindre l’amertume, et bien que Mélenchon dise qu’il n’est pas fâché avec Hollande, il se sent néanmoins trahi.  Selon ses propres termes,  « les yeux dans les yeux », F. Hollande lui a assuré de faire voter une loi amnistiant les syndicalistes coupables de délits lors des mouvements sociaux. Cette loi a été adoptée au sénat le 27 février 2013,  et subitement le président de la République et le gouvernement renoncent à cette loi.  Le ministre chargé des relations avec le parlement, Alain Vidalies déclare même: « Je veux être clair : la position du gouvernement dans ce débat sera non. Nous ne sommes pas favorables à cette amnistie, ni à aucune autre, ça a été la position du président de la République depuis l’origine ».

Alors dans l’affaire, qui ment? Mélenchon ou le gouvernement?

La dernière fois que j’ai entendu l’expression « les yeux dans les yeux », c’était Cahuzac qui l’utilisait face à Jean-Jacques Bourdin, pour affirmer qu’il n’avait pas de compte bancaire à l’étranger….

Et même si Mélenchon se sent aujourd’hui trahi par Hollande au sujet de l’amnistie des syndicalistes, ça lui va bien de jouer les vierges outragées, bafouées et trahies, lui qui a répété, martelé, asséné qu’il appelait à voter Hollande, sans contre partie et sans accord politique!

Hollande dissimulerait-il un poignard dans sa main gauche, avec lequel il vous frappe tandis qu’il vous serre la main (droite)? Ou encore une fois, il s’agit d’une gauche qui se prend les pieds dans le tapis de ses contradictions?

Mélenchon, ou l’utopie du Front de Gauche…

Curieuse répétition de l’histoire, Léon Blum devint chef du gouvernement en mai 1936, François Mitterrand devint président de la République en mai 1981, François Hollande devint président de la République en mai 2012, Mélenchon deviendra t-il premier ministre en mai 2013?

Le 25 avril, Mélenchon l’a répété de nombreuses fois, il est près à assumer le rôle de premier ministre. D’ailleurs, il s’y voit déjà et égrène, énonce, les mesures qu’il prendra….On se serait cru à un concert de Charles Aznavour, interprétant: « je m’voyais déjà en haut de l’affiche… »

Les mesures énoncées nous invitent à un voyage dans le temps. Mélenchon propose de mettre fin à la politique d’austérité du gouvernement, de redonner de l’argent aux Français, de redonner du pouvoir d’achat pour relancer la consommation,  la croissance et donc l’économie. Comment trouver les milliards d’Euros nécessaires à un tel programme? Rien de plus simple selon Mélenchon! Acte 1: il suffit le lundi d’aller voir la BCE et de lui déclarer froidement: voilà, je suis la France, ma dette s’élève à plus de 1800 milliards d’Euros et en tant que deuxième puissance économique d’Europe, je ne la rembourserai pas puisque de toute façon elle n’est pas remboursable.Acte 2: le mardi, retourner voir la BCE et lui demander un nouveau prêt du montant de la somme que Mélenchon veut injecter dans l’économie pour la relancer.

Hormis l’aspect ubuesque de déclarer à son banquier que l’on cesse de rembourser sa dette, mais qu’on aimerait bien un prêt supplémentaire, le programme de relance de l’économie par une relance de la consommation est séduisant et j’y adhérerais totalement s’il était réalisable. Mais l’histoire, nous montre au travers de deux échecs de cette politique que cela ne fonctionne pas.

1936, Léon Blum et le front populaire

En 1936, la France a, socialement, 20 ans de retard par rapport à l’Allemagne. Pour combler ce retard, Blum instaure 2 semaines de congés payés pour tous les travailleurs. Les salaires sont augmentés de 7 à 15%. Les droits syndicaux sont reconnus. La loi sur les conventions collectives veut abattre la toute puissance du patronat. La durée du travail passe de 48 à 40 heures sans réduction de salaire. Les nationalisations sont mises en oeuvre pour briser la caste patronale. On espère par là résorber le chômage (4,7% de la population active) et relancer la consommation.

Cette phase du front populaire a duré 12 mois et 18 jours, si Léon Blum ne s’était pas retiré, le Front Populaire serait rentré dans une « pause économique pour aller de l’avant » qui aurait ressemblé comme deux gouttes d’eau à une politique d’austérité.

1981, François Mitterrand  

Le chômage représente 7,3% de la population active (1 650 000 chômeurs) et pour relancer l’économie, les mesures suivantes sont prises: hausse du SMIC de 10%, hausse des allocations familiales de 25%, hausse de l’allocation vieillesse de 20%. L’âge de la retraite est abaissé. La semaine de travail passe de 40 à 39 heures, sans perte de salaire (elle passera à 35 heures en 2000 – loi Aubry sous le gouvernement Jospin), nationalisations à tout va, pour briser les patrons scélérats et leur montrer la voie.

Cette phase du septennat a duré 12 mois et 24 jours et sera suivie d’un plan de rigueur, autre nom d’une politique d’austérité.

2013, Jean-Luc Mélenchon et l’utopie?

La France a 3 224 000 chômeurs (10,6% de la population active) qui n’ont aucune activité, selon Mélenchon lui-même, cela signifie en fait que nous avons plus de 5 millions de travailleurs sans emploi. Son plan? Injecter massivement de l’argent de l’économie, sachant fort bien que la BCE, même avec la menace de non remboursement de la dette, ne nous prêtera pas les dizaines de milliards d’Euros nécessaires. De plus Mélenchon n’a même plus l’arme de la dévaluation du franc qu’avaient Blum et Mitterrand pour booster les exportations et l’économie: l’Euro est passé par là, la France n’a plus l’arme de sa monnaie. La France ne peut que subir le diktat de l’Europe, Paris ne peut que subir le diktat de Bruxelles, et même un Mélenchon, étendard rouge déployé, n’y pourra rien.

De toutes façons, le redressement de l’économie en redonnant brutalement du pouvoir d’achat a déjà échoué, et de belle manière, au moins à deux reprises. On s’attendait de la part du porte-parole du Front de Gauche à des propositions de mesures révolutionnaires. En fait, il  nous sert du réchauffé qui a accroché au fond de la casserole. L’austérité ne semble pas fonctionner, pas plus que la relance de l’économie en donnant des moyens aux Français, alors Jean-Luc, que faire?

l’avis de Diogène

Finalement, hors sa gouaille et ses vociférations, rien de concret, ni de novateur chez Mélenchon. On reprend de vieilles recettes ratées et on essaie de les accommoder à la sauce Mélenchon. L’hollandaise, assortie d’une pointe d’ayraultisme, ne prend pas, mais je pense qu’essayer une mélenchonite serait dangereux et risquerait de précipiter la chute.

Encore qu’une « cohabitation » Hollande-Mélenchon, d’un point de vue ethnologique pourrait être intéressante à observer, si le sort de la France n’était en jeu. Je ne sais pas lequel  arriverait à s’imposer à l’autre. Le fort en gueule ou le retors?

Droite et gauche échouent à tour de rôle dans la gestion de la crise, et nous annoncent régulièrement qu’on voit le bout du tunnel. Sans sortir des schémas figés et dogmatiques qui ne fonctionnent pas, austérité – relance de la consommation, la France continuera tranquillement à s’enfoncer dans le marasme qui frappe les membres de l’Union Européenne les uns après les autres. L’Allemagne et la France tiennent l’Europe à bout de bras. Demain,  la France ne sera plus en mesure d’épauler l’Allemagne dans cette rude tâche.

L’austérité semble avoir fonctionné en Allemagne, alors au lieu de stigmatiser l’attitude de ce pays et vouloir une confrontation Hollande – Merkel, ainsi que le suggèrent certains élus proches du gouvernement, on ferait peut être mieux de regarder avec attention comment ont procédé les partis au pouvoir en Allemagne.

Pour conclure, je vous propose une petite citation de Karl Marx (qui pour une fois n’avait pas tort) : « la tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à transformer, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, ils appellent craintivement les esprits du passé à leur rescousse. »

Le 25 avril 2013, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’émission « des paroles et des actes ». On a eu droit à de belles paroles, espérons qu’on n’aura pas les actes!

 

Sources:

http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20130424.REU2672/le-gouvernement-contre-une-amnistie-des-syndicalistes.html

Les sept Mitterrand ou les métamorphoses d’un septennat (Catherine Nay)

 

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  1. Des propos même de Monsieur Zemour qui avait organisé pendant la campagne présidentielle une rencontre avec Monsieur Buisson conseillé de Monsieur Sarkozy Président de la République et Monsieur Mélenchon afin qu’ils se mettent d’accord pour empêcher la progression de Madame Le Pen et de finir devant le Président sortant on connait la suite !!! comme dit un proverbe l’ennemi de mon ennemi peut devenir mon ami mais où se trouve l’intérêt de notre nation dans tout ce panier de crabes !…

  2. JD31 a dit
    Excellent commentaire mais il manque une donnée qui me semble essentielle :
    Pour la première fois, un homme politique important (12 % à la présidentielle) a introduit à l’appui de ses déclarations sur l’Europe et sur l’Allemagne d’Angela Merkel, la référence de la possession par la France de l’arme nucléaire, cela juste après avoir dit que lui, 1er Ministre, il aurait les moyens de pression sur la Chancelière pour recadrer la politique européenne. Cette évocation sera renouvelée une seconde fois toujours pour évoquer le rapport de force face à cette Allemagne de Merkel.
    Je ne sais si c’est pour enfoncer le clou ou par lyrisme cynique, à la question sur l’introduction de la Morale laïque dans l’enseignement national de la Primaire à la terminale, Mélenchon affirmera froidement que l’Etat n’a pas de morale à faire,
    Ceci me semble un tournant majeur. Jamais, en France, l’arme nucléaire n’avait été abordée comme moyen de la politique, intérieure ou étrangère. Un état gauchiste mélenchonien n’hésitera pas à imposer sa politique, le doigt sur le bouton du feu nucléaire. il a d’ailleurs fait remarquer, fort justement, que la dissuasion était, aujourd’hui une option inopérante. Le Nucléaire (dont il n’a pas demandé la disparition) devient donc un outil et une aide pour la réalisation d’une politique;
    On pourra rétorquer que le Front de Gauche ne parviendra jamais au pouvoir. C’est vrai avec 3 M de chômeurs. Mais avec 5 ou 6 qui peut le garantir ?
    Je passe sur les « bavassages » socialistes de ce week-end.
    Pour la première fois, la question du feu nucléaire a été abordée dans le simple dialogue politique et aucun responsable républicain de droite comme de gauche ne l’a remarqué pour la rejeter, tout comme, hélas aussi aucun journaliste. On ne peut qu’être inquiet, surtout en se souvenant qu’en 1914 puis en 1939, ce sont des gouvernements de gauche qui ont déclarés la guerre.

    • vno15600 dit:

      Une annonce unilatérale que la France ne remboursera pas sa dette entrainera de fait un écroulement des bourses et de l’Euro ! Il provoquera donc la dévaluation forcée de l’Euro. L’Allemagne étant un de nos principaux créditeurs, le rappel à la bombe nucléaire n’est donc pas à anodin !
      Une foi l’euro écroulé, « le lendemain » sous la surprise, la BCE lui prêtera effectivement sans problème une monnaie dont plus personne ne veut et il remboursera la dette en « monnaie de singe ».
      Il semble vouloir retourner les armes des banquiers et de leurs alliés contre eux dans une partie de Poker menteur.
      Le pire c’est qu’il veut le faire en coinçant les militaires de la dissuasion nucléaire avec leur « sens du devoir » qu’il méprise. Mais la dissuasion nucléaire n’a rien d’une plaisanterie.

      Ce type et ses relais sont des grands malades et jouent avec le feu.

  3. J’ai vu effectivement du Grand Malarchais et à la fin de l’émission, j’ai dit à ma femme : »Fais les valises, Elise, on rentre à la maison ».

  4. Nommer Mélenchon premier minstre serait aussi ridicule que de nommer Jacques Mesrine à l’Intérieur et le Capitaine Dreyfus garde des sceaux et ministre de la Justice !!!

    De plus, même si le président de la république est, selon la Constitution, le chef des armées, il n’en demeure pas moins que le premier ministre est, lui, responsable de la défense nationale et mettre à ce poste un antimilitariste comme l’excité du FDG est dangereux pour nos armées ce qui ne veut pas dire qu’avec le PS elle soit à l’abri de tout danger, oh que non. Dans l’émission Mélenchon a dit que les militaires étaient dangereux parce qu’après les révolutions c’est eux qui prenaient le pouvoir. Napoléon l’a fait et nous n’avons pas à nous en plaindre !!!

    Marrant qu’un gars comme Mélenchon qui il n’y a pas si longtemps lorgnait sur l’URSS soit aussi antimilitariste alors que là-bas comme maintenant en Russie les politiques sont quand même des généraux en costume de ville. Marrant qu’un gars comme Mélenchon éploré au moment du décès de Chavez oublie qu’avant de devenir président il était commandant. Il faut dire que Mélenchon, bien qu’il en ait largement eu la possibilité, a du se soustraire aux obligations légales du service militaire. Autrement dit, voilà encore un domaine dont il parle sans rien y connaître !!!

  5. chauzit dit:

    comme toujours en politique, chacun essaie d’atteindre la meilleure place et pour cela il est prêt à promettre et dire n’importe quoi – il n’empêche que j’ai vu la fin du débat et j’ai trouvé l’attitude du journaliste et ceux en face de lui se conduire d’une manière irrespectueuse. Tout le monde a le droit au respect et ce n’est surtout à un journaliste à se « fiche » ouvertement de la personne qu’il interview ! (comme avec certaines autres)

    • alors là, je ne peux que vous rejoindre: ce n’est pas aux média à faire ou défaire une campagne, comme nous avons pu le voir au cours de la derniére campagne présidentielle. Même si on n’est pas d’accord avec l’homme politique, il représente en tout cas un certain nombre de Français et à ce titre il a droit à la parole et au respect.

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