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L’ARMEE DE L’UNION (par DF)

2 comm.
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L’armée européenne est un concept, elle n’existe pas. Ce qui par contre existe est une organisation technocratique, la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC), elle même instrument opérationnel de la  Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) de l’UE.

Nous avons une Europe qui gère, jusqu’à l’empoisonner, à peu prés toute notre vie quotidienne, il est donc logique que l’Union Européenne ait planifié une politique commune de défense. Sauf que la défense n’est pas un concept (relativement) simple comme un accord commercial. Elle implique une politique étrangère commune, un peuple européen (et non des peuples européens) et des intérêts communs. Sans parler de l’indispensable notion de cause pour laquelle on est prêt à risquer sa vie. Sans cause, pas de soldat et sans soldat pas d’armée, du moins pas d’armée telle que nous la connaissons c’est à dire un engagement pour une valeur.

L’Union Européenne est une construction administrative, gérée par des technocrates dont la cause est la technocratie et non les peuples. Autistes en ce qui concerne les sentiments humains, ils ont compris, cependant, qu’une armée unique serait vouée à l’échec car sans cause. L’étape intermédiaire avant l’armée unique composée de soldats se sacrifiant pour l’Union, serait une armée commune, créée ex nihilo et non pas de la fusion des armées nationales des états-membres.

Les Missions de la PSDC

La politique de sécurité et de défense commune est un outil de gestion de crise, de toutes les crises aussi bien civiles que militaires ou humanitaires, telles que définies par les missions de Petersberg (évacuation, humanitaire, maintien de la paix, missions de forces de combat et opérations de rétablissement de la paix). La PSDC ne se substitut pas à l’OTAN, les accords de Berlin du 17 décembre 2002 stipule plutôt que la PSDC aura à sa disposition les moyens de l’OTAN, SHAPE (1) par exemple. On peut voir ces accords comme une coopération complémentaire, mais on peut aussi en conclure, vu le poids de l’OTAN, qu’il s’agit plutôt d’une mise des moyens de défense européens au service de l’OTAN qui conserve elle, le pouvoir d’influer sur l’équilibre stratégique du monde, du moins tel que les USA envisagent la notion d’équilibre.

A ces missions premières, ont été rajoutées une clause de solidarité et une clause de défense mutuelle  entre les états membres.

Afin de remplir ses missions, l’UE a mis en place différents organes remplissant différentes taches qui, réunies, permettent au  Conseil européen ou au Conseil de l’Union européenne de prendre une décision. Pour faire appliquer ses décisions, l’UE pioche en priorité dans les capacités des Etats membres au cours d’un processus de génération de force ou en utilisant les « battlegroup ». L’UE  peut également compter sur des forces multinationales dédiées à l’Union: Eurocorps, Euromarfor, le Groupe aérien européen et EuroGendFor.

 L’exemple de Eurocorps

L’eurocorps est un état-major de corps d’armée européen qui a pour mission de diriger un ou des déploiements pour un total de 65000 hommes. En réalité, il ne dispose uniquement que d’un état-major de 400 hommes et d’une brigade multinationale d’appui au commandement de 600 hommes. L’Eurocorps est peu utilisé. Il ne l’a pas été pour Serval alors qu’il aurait pu et aurait du l’être. Seule la volonté politique manquait. Et c’est bien cela qui est inquiétant quand on sait que les mêmes volontés politiques se disent convaincues de la nécessité d’une armée européenne commune intégrant les 28 pays membres de l’Union européenne. Et ce ne sont pas les propos du général Guy Buchsenschmidt (2), commandant du Corps européen depuis juin, à Libération en avril dernier qui vont rassurer les sceptiques puisque le général affirme que « plus on est nombreux, plus le consensus est difficile à atteindre ». Or l’Eurocorps c’est 5 nations-cadre et 4 pays associés…seulement.

La difficulté principale, d’après le général Buchsenschmidt, viendrait des procédures, « des façons à réfléchir sur les problèmes militaires ». En somme des différences de logique et de raisonnement propres à chaque culture. On devine également que l’autre obstacle est la langue commune, l’anglais.  » Déjà,(avoir des Américains à l’Eurocorps) cela nous permettrait d’avoir des gens parlant vraiment l’anglais, et donc d’améliorer la qualité générale de cette langue à l’Eurocorps. » affirme le général Buchsenschmidt (3).

Si l’on considère que l’Eurocorps est un laboratoire d’essai de ce que pourrait être l’armée commune européenne, on frémit devant ce « machin » lourd et complexe, n’ayant pas encore résolu les questions de procédures, les différences culturelles et la maitrise de la langue anglaise…..

Car le problème de cette parfaite construction organisationnelle qu’est la PSDC est sa lenteur, sa lourdeur et ses lacunes opérationnelles. Son autre problème est que le système n’est pas ouvert et laisse peu de place à l’initiative qui est broyée par des tonnes de procédures et de réglementations. Et enfin son principal problème est l’uniformisation des formations, des pensées et des matériels. Pour cela, il faut une école commune formant des officiers aux mêmes méthodes. C’est l’affaire d’une génération.

La PSDC n’est pas faite pour assurer la sécurité des citoyens de l’Union.

En effet, la PSDC n’a pas pour but la protection des territoires et des intérêts vitaux de ses membres, mais la gestion des crises hors de l’Europe, en tout cas celles qui peuvent mettre en péril les intérêts européens. La PSDC, de par la division des tâches entre l’OTAN et l’UE dans leur mission de gendarmes de la planète, contribue à véhiculer et imposer une vision occidentale et surtout américaine du monde, et ça n’a jamais été des missions de paix.

Malheureusement, on est aussi conduit à penser que des troubles sociaux en Europe pourraient mettre en péril les intérêts de nos « unionistes » de la même façon que s’ils avaient lieu en Afrique. Rassurez-vous, l’organe de répression existe et est opérationnel : L’EuroGendFor qui a l’avantage de ne pas avoir le mauvais gout de risquer de se rallier à des émeutiers composés d’amis et de membres de sa famille. 

La Force de Gendarmerie Européenne ou EuroGendFor

L’ EuroGendFor a été crée en 2004 à l’initiative de l’ancienne ministre française de la Défense Alliot-Marie par 5 pays fondateurs : France, Italie (ou est basé l’ état major permanent de l’Eurogendfor), Espagne, Pays-Bas, Roumanie. D’une capacité de 800 hommes, elle intervient dans les 30 jours partout dans le monde. C’est une force autonome, distincte de l’Union européenne et de toute autre organisation internationale mais qui peut être mise à leur disposition (UE, ONU, OSCE, OTAN). Les missions de l’Eurogendfor sont des missions de police durant toutes les phases d’une opération de gestion de crise : Assurer des missions de maintien de la sécurité et de l’ordre publics, protéger les personnes et les biens et maintenir l’ordre en cas de troubles à l’ordre public. (4)

Il paraitrait que l’EuroGendFor serait intervenue en Grèce au plus fort des troubles. Mais rien ne peut l’affirmer, si ce n’est des témoignages d’émeutiers grecs s’étonnant d’entendre parler anglais dans les forces de police. L’Eurogendfor, au contraire, ne fait pas mystère, sur son site, de son intervention à Haiti (mission MINUSTAH), en en Bosnie Herzégovine (mission EUFOR « Althea »), en AFGHANISTAN (NATO Training Mission in Afghanistan – NTM-A). C’est loin d’être un groupe « secret », comme se plaisent à le nommer les adeptes de la théorie du complot, mais c’est peut-être un groupe qui reste discret sur des missions qui seraient peu populaires chez les Européens.

 

La politique de sécurité et de défense commune, tout comme l’UE dans son ensemble, n’est en réalité pas faite pour les peuples, même si certaines dispositions s’avèrent utiles,  mais pour un système qui est démocratique par opportunisme et non par essence et qui a été construit pour faire prospérer le capital et non les sociétés humaines de la planète.

Aux citoyens de cette Union à veiller à conserver un certain nombres de leviers de pression, sous peine de voir l’ensemble voler en éclat, tant il est assuré que cette construction technocratique ne repose que sur l’adhésion volontaire des peuples.

Et à l’Union à comprendre que la paix sociale ne se conservera que par une juste répartition des pouvoirs entre elle et les peuples européens.

Article de DF paru dans Batailles et Blindés

(1)SHAPE, Supreme Headquarters Allied Powers Europe ou Grand quartier général des puissances alliées en Europe, est le centre de commandement militaire des forces de l’OTAN en Europe.

(2)LIBERATION, 6 avril 2013, Eurocorps : «Plus on est nombreux, plus le consensus est difficile à atteindre»

(3)Les Etats-Unis ont demandé à rejoindre l’Eurocorps en tant que nation associée mais le projet rencontre des obstacles légaux, administratifs, budgétaires….

(4) Décret n° 2012-1021 du 4 septembre 2012

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  1. L’ONU et l’UE sont des organisations de coopération multinationales, rien de plus rien de moins à ce jour.
    De même, l’OTAN est une alliance militaire multinationale.
    Aucune armée dans ces organismes, en revanche une juxtaposition de bric et de broc de moyens nationaux au gré des crises et des caveats, n’en déplaise au « commandement intégré » de l’OTAN.
    Le vrai souci pour nous en Europe est la maîtrise de toute la palette des capacités.
    Aucune mutualisation des industries d’armement, aucune standardisation des équipements ni des munitions nonobstant l’inondation des STANAGs, voilà notre souci en Europe et donc en France.
    L’argent des impôts, ce qu’il en reste, est dispersé et gaspillé au gré d’intérêts divers et pas fatalement bien intentionnés, pour nous en France Thalès, Dassault, Panhard, etc. sur lesquels il faudra bien un jour se pencher.

  2. Sans une union politique, pas d’armée Européenne ! Cette Europe nous la subissons chaque jour, on l’a fait grossir trop vite, elle est ingérable ! Pourtant à l’origine c’était une belle idée ! Rien que dans les programmes militaires d’achats, aucune mutualisation, on se fourni chez les ricains…!

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