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Il n’y a pas assez de réflexion sur la stratégie militaire (actualisé)

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En demandant aux armées de lancer une réflexion, les idées qui auront été sélectionnées passeront pour une réflexion propre au milieu et donc représentatives.

Cette petite phrase, entendue dans l’entourage du Ministre de la Défense lors du lancement des travaux du nouveau Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale, ne manque pas de surprendre, ni de susciter l’intérêt.

Quel est donc le message délivré ici? Surtout qu’il s’inscrit en totale opposition avec les événements de ces dernières années.

Juin 2008, le groupe Surcouf, composé d’officiers d’actives, dénonce dans la presse, dès sa parution les faiblesses et incohérences du Livre Blanc de la Défense 2008. Cette dénonciation intervient sous couvert d’anonymat.

Pourquoi? Par crainte de représailles sur leurs carrières ou parce qu’on a refusé de les écouter au préalable?

Fin 2008, le commandant de Gendarmerie Matelly critique dans un journal numérique le rapprochement entre Gendarmerie et Police. Il sera radié des cadres, avant d’être réintégré sur décision de justice.

Février 2009, Monsieur Chauprade, chef de cours géopolitique au Collège Interarmées de Défense (rebaptisé depuis Ecole de Guerre) est privé de sa chaire par le Ministre de la Défense suite à la parution de son ouvrage « Chronique du choc des civilisations », étant accusé de complaisance envers les théories conspirationnistes sur les attentats du 11 septembre. Lui aussi obtiendra gain de cause en justice.

Juillet 2010, le général Desportes, chef du Collège Interarmées de Défense, critique dans la presse la stratégie américaine menée en Afghanistan. Il sera sanctionné par le Chef d’Etat-Majors des Armées.

 Finalement, s’il n’y a pas assez de réflexion sur la stratégie militaire en France, ou de réflexion militaire tout court, n’est-ce pas parce qu’il faut passer sous les fourches Caudines de la bien-pensance et de la censure? Qu’il faut que la pensée militaire soit dans la ligne du parti?

Ce mode d’action conduit à l’immobilisme, cet immobilisme à avoir toujours une guerre de retard, et finalement à perdre la guerre!

Ce mode d’action sclérose la pensée et conduit à la non-évolution des doctrines et procédures d’emploi. Cela permet de continuer à jouir de son confort, sans remettre en question ce qui est établi.

C’est ainsi que l’on continue à citer Foch et Lyautey dans les écoles de formation d’officier à plus d’un siècle de distance. Comme si on n’avait rien écrit, analysé, et pensé depuis!

C’est ainsi, qu’à l’occasion de la guerre en Afghanistan, on redécouvre les écrits de David Galula (Pacification in Algeria, 1956-1958 et Contre-insurrection: théorie et pratique) et Roger Trinquier (La guerre moderne) sur la guerre asymétrique. On les redécouvre avec d’autant plus de plaisir, qu’ils sont étudiés dans les écoles de formation militaire aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne!

Soulignons que David Petraeus dit de Galula, qu’il est le Clausewitz de la contre-insurrection, et qu’il s’est inspiré de ses théories lorsqu’il était commandant en chef en Irak!

Il est à noter que les livres de Galula ont été publié aux Etats-Unis et ne sont réédités en français que depuis 2008!

Qui était David Galula ?

David Galula (1919, Sfax, Tunisie – 11 mai 1967, Arpajon) est un officier et penseur militaire français, théoricien de la contre-insurrection. Né en 1919 en Tunisie dans une famille de marchands juifs, David Galula est naturalisé français en 1929 et élevé au Maroc, où il fréquente le Lycée Lyautey de Casablanca. Disparu prématurément à 48 ans, il a eu le temps d’écrire, sous le pseudonyme de Jean Caran, un roman picaresque inspiré par son expérience en Chine, décrivant la manière dont les Chinois de Hong Kong contournaient les contraintes coloniales en tirant « les moustaches du tigre » britannique. De retour d’Algérie où il a participé aux opérations militaires françaises, David Galula s’installe aux Etats-Unis où il théorise une approche renouvelée de la contre-insurrection. Loin de la guerre anti-subversive, il montre que l’enjeu premier est de conquérir le soutien de la population plutôt que d’éliminer les forces insurgées. Selon le quotidien français Le Figaro en 2008, « peu connus en France à l’époque, les travaux de Galula ont en revanche fortement influencé la communauté militaire américaine qui considère l’officier comme le principal stratège français du xxe siècle. « Le Clausewitz de la contre-insurrection », ose même David Petraeus , chef des forces américaines en Irak, puis en Afghanistan ». Il est d’ailleurs l’une des trois références mentionnées dans le manuel de contre insurrection de l’armée américaine

Si le but est réellement de laisser les militaires exprimer leurs idées, comme le fit un de Gaulle durant l’entre-deux guerres, il faudra adopter le système américain qui incite les officiers à écrire et à publier, sans qu’une nomenklatura, gardienne de la pensée unique, ne vienne censurer leurs écrits.

 Mais en fait et en réalité, le simple but de cette petite phrase lancée « anodinement » dans la presse et relayée par Secret Défense est de faire porter la responsabilité des décisions du Livre Blanc et des réformes qui en découleront aux militaires.

En demandant aux armées de lancer une réflexion, les idées qui auront été sélectionnées passeront pour une réflexion propre au milieu et donc représentatives.

Il va de soi que seules les idées qui colleront aux décisions déjà prises de réformes à venir, dont Martine Aubry a organisé la fuite, seront prises en considération.

Partant de là, la réponse du gouvernement est déjà trouvée : « De quoi vous plaignez-vous, on vous a écouté et on a fait ce que vous attendiez »


 

 

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