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Hélie de Saint Marc: Une parole d’homme. Une seule.

7 comm.
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Article de DF paru dans le numéro de septembre de Batailles et Blindés (en kiosque ou sur commande) à l’occasion du décès de Hélie Denoix de Saint-Marc.

« on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer »

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Le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc fait partie de cette génération d’hommes qui ont bâti leur légende sur la guerre, la souffrance ressentie et la honte éprouvée mais aussi sur l’honneur et la fidélité à la parole donnée.

Le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc appartient à cette génération d’officiers qui a connu la guerre pendant 20 ans. 20 ans à se battre pour la France. 20 ans à risquer sa vie, n’épargnant ni sa sueur, ni son sang. 20 ans à subir les aléas des politiques dans sa chair et dans son âme.

Le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc a souffert pour la France comme peu d’hommes l’ont fait, et c’est en souffrant qu’il a dit non à la France un certain matin d’avril 1961.

En 1940, jeune homme de 18 ans, alors qu’il voulait épouser la carrière militaire, il assiste comme spectateur à la défaite de la France face à l’Allemagne Nazi.

En 1940, il rejoint la résistance, réseau Jade-Amicol, comme agent de liaison.

En 1943, il est trahi par un passeur, alors qu’il tentait de passer en Espagne et rejoindre les Forces de la France Libre en Angleterre. Il tombe aux mains de la Gestapo, il est déporté d’abord à Buchenwald, puis à Langstein. Des 1000 hommes de son convoi, ils ne seront qu’une trentaine à survivre.

Le 11 avril 1945, une fois le camp libéré, il arrive à l’hôpital américain de Magdebourg. Il a 23 ans, il pèse 42 kg, ne peut plus marcher et crache le sang.

En 1947, après avoir fait Saint-Cyr, il part pour la Légion, rejoint Sidi Bel Abbes, et de là l’Indochine. Il y fera trois séjours et y laissera une partie de son âme, lorsque malgré les promesses faites, il devra abandonner ses frères d’armes indochinois avec lesquels il s’est battu de la frontière chinoise au Tonkin. Souffrance ressentie et honte éprouvée d’abandonner ceux qui s’étaient battus à ses côtés et qui avaient cru que la France ne les abandonnerait pas. Souffrance et honte, de laisser derrière soi, les abandonnant à une mort certaine, ceux qui avaient cru en lui.

De 1954 à 1961, c’est l’Algérie où il fera 2 séjours. Il participe à l’opération de Suez, durant laquelle la Grande-Bretagne et la France reculeront sous la pression des Etats-Unis et de l’URSS. Pour le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, officier au 1er REP, c’est une déception de plus, une amertume et une humiliation de trop.

Après les promesses et les déclarations mille fois répétées que l’Algérie resterait française, quand le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc sent le vent tourner et qu’il pressent qu’une fois encore les engagements ne seront pas tenus, il sait qu’il ne pourra pas obéir, qu’il ne pourra pas se soumettre aux ordres des politiques. Les fantômes indochinois de ceux qui ont été abandonnés par la France le hantent. Il sait qu’il ne pourra pas abandonner les Algériens qui ont choisi la France contre le FLN. Il sait qu’il ne pourra pas refaire la même erreur.

C’est pourquoi, alors qu’il commande par intérim le 1er REP, lorsqu’il est reçu par le général Challe le 21 avril 1961 qui lui expose ses plans de coups d’état, en moins d’une heure, il accepte à condition qu’il n’y ait ni violence inutile ni règlements de comptes.

Lorsque quelques jours plus tard, le putsch avorte, il ramène le 1er REP au camp Zéralda, se livre et assume seul la responsabilité de la participation du régiment au coup d’état.

Pour son procès, il sera interrogé à différentes reprises. Pas un de ses interlocuteurs ne pourra comprendre les motivations du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc. Ils ne pouvaient pas comprendre, engoncés dans leur petite vie bourgeoise ce qui avait pu pousser ce guerrier d’élite, à se rebeller contre un pays qu’il servait avec honneur et fidélité depuis plus de quinze ans en tant qu’officier de Légion. Comment auraient-ils pu comprendre que cet homme ne trahissait pas la France, mais disait non à une politique de l’abandon qu’il avait déjà vécu en Indochine, à Suez et qu’il ne voulait pas revivre en Algérie. Ils ne pouvaient pas comprendre qu’il refusait de voir à nouveau les regards désespérés et méprisants de ceux qu’on abandonnait à la vindicte de l’ennemi. Ils ne pouvaient pas comprendre « quinze années de sacrifices inutiles, quinze années d’abus de confiance et de reniement ».

Si le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc était un guerrier, de cette génération qui n’a connu que la guerre pendant 20 ans, il était avant tout un homme d’honneur.

Il était aussi un homme déchiré entre la fidélité à son pays et la fidélité à la parole donnée. A-t-il trahi son pays en participant au putsch d’Alger ? Je suis sûre que telle n’était pas son intention. Il disait simplement non à un gouvernement qui ne tenait pas ses engagements envers l’Algérie, comme cela avait été fait en Indochine, comme cela avait été fait à Suez en privant l’armée française de sa victoire.

Il a décidé, ce 21 avril 1961, d’aller au bout de son engagement envers l’Algérie. Il a décidé de risquer tout au nom de sa conception de l’honneur et de la fidélité à la parole donnée. Il a refusé de voir de nouveaux fantômes venir le hanter. Il a assumé ses choix, ainsi qu’il le déclara au président du tribunal lors de son procès : « on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer ».

C’est tout le drame de l’armée: Les guerres sont décidées par les politiques pour des raisons inavouables et souvent immorales, mais c’est l’armée qui les fait au nom de valeurs en lesquelles, elle seule croit encore.

Pour le commandant Hélie de Saint Marc, sa désobéissance à un ordre a été une affaire d’honneur: le sien mais avant tout celui de la France.

Helie de Saint Marc était de ces hommes qui avaient une parole.

Une parole d’homme.

Une seule.

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  1. De Gaulle et quelques autres dont Denoix de Saint-Marc ont dit non à l’occupation du pays et au régime de Vichy, le triste « état français ». L’Histoire leur a donné raison.
    Ensuite les élus de la République, notamment les socialistes, dont Mollet et Mitterrand, ont mené une politique incohérente en Indochine et en Algérie.
    Mendès France, puis De Gaulle ont décolonisé. L’Histoire leur a donné raison.
    Quelques soldats dont Denoix de Saint-Marc se sont fait avoir chemin de torture morale faisant et ont cru devoir désobéir.
    A méditer. A ne plus jamais reproduire.

  2. Belle hommage DF1, en souhaitant que beaucoup de soldats (jeunes ou anciens) lisent votre article.
    En cherchant bien, je ne pense pas que l’armée française est un monsieur de cette trempe. L’idéal n’existe plus chez nos chefs.
    Dommage il aurai tant à faire en ce moment. Gloire à vous et reposer en paix mon commandant.

  3. Très bel article.
    Et très utile pour les générations de soldats plus jeunes.
    Leçon no 1 Ne jamais faire de promesses à qui que ce soit
    Leçon no 2 Ne jamais avoir d’états d’âme
    Leçon no 3 Ne jamais sortir de la règle de Droit
    C’est ce que m’a dit un grand ancien avant ma première mission.
    En résumé, ne jamais se croire investi d’une mission divine.

    Paix aux cendres de tous nos anciens.

    • Il y a des circonstances exceptionnelles où le Droit est inique parce que « bidouillé » par ceux qui l’ont à la fois fait et appliqué. Il faut alors s’appeler Hélie de Saint Marc pour avoir le courage de dire NON.

    • Bonjour

      Je dirai de plus :
      Leçon N°4 : disposer d’un grand parapluie.

      Avec cet enseignement on est êtes armé et fin prêt à arrêter notre propre mère si l’occasion se présente; on est mur pour un poste à la Loubianka ou bien dans n’importe quelle police politique. C’est forcément le profil recherché pour l’emploie d’ exécutant des basses oeuvres.
      On est alors à prêt à « rafler » n’importe qui pour l’expédier vers une destination inconnue sans se soucier de la monstruosité de la finalité de nos actes.

      On n’a pas à se croire investi d’un mission divine puisque l’on est devenu servile pour accomplir une mission infernale.

      C’est le revers de la médaille de cet enseignement. Ils semble que la très grande majorité y adhère.

      C’est à mon sens vieux comme le monde mais à toutes les époques quelques uns ( rares finalement) transgressent et sauvent l’honneur pour tous les autres…

      Cordialement

    • VAUTERIN Marc dit:

      n’oubliez pas cette évidence: la justice de DIEU n’est pas celle des hommes!

    • Bonsoir

      Lequel ?
      Celui des Catholiques , des Adventistes , des Mormons , des Ephraïmites , des Melkites , des Coptes , des luthériens , des calvinistes ………? Sans parler des non Chrétiens ?
      Parlons nous du même ? j’en suis de moins en moins persuadé.

      Mais ….! Il reste l’Historicité du personnage central. C’est peut être à cela que vous faîtes allusion ?

      Cordialement

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