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Déclaration d’Hélie Denoix de Saint Marc devant le haut tribunal militaire

6 comm.
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Le dernier centurion est mort.Mais qui parmi les jeunes soldats le connaissent?

A leur intention, voici une vidéo de Hélie expliquant les raisons de sa participation au putsch d’Algérie et ensuite sa déclaration au tribunal militaire.

Ignorer sa déclaration, c’est ignorer ce qu’est l’honneur, le sens du devoir et le respect du serment.

Avant de juger, comprenez.

Qui était Hélie de Saint Marc ?

Voir son site 

Hélie de Saint Marc et le putsch des généraux en Algérie


Hélie de Saint Marc raconte le Putsch des généraux par Nouvelles-de-France

Déclaration d’Hélie Denoix de Saint Marc devant le haut tribunal militaire, le 5 juin 1961

Ce que j’ai à dire sera simple et sera court.

Depuis mon âge d’homme, Monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’ Algérie…

En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique.

On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.

Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d’un cœur léger. Alors nous avons pleuré. L’angoisse a fait place en nos cœurs au désespoir.

Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Nous nous souvenions de Diên Biên Phû, de l’entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français.

Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse.

Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et mechtas d’Algérie :  “ L’Armée nous protégera, l’armée restera “.

Nous pensions à notre honneur perdu.

Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire.

Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presque entièrement acquise et qu’il était venu pour cela. Il m’a dit que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés. Que nous devions sauver notre honneur.

Alors j’ai suivi le général Challe. Et aujourd’hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres.

Monsieur le président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier.

On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer.

Oh ! je sais, Monsieur le président, il y a l’obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés. Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse, à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément que nos provinces natales.

Monsieur le président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé.

C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, à treize heure trente, devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.

Terminé, Monsieur le président.

 

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  1. Respect mon commandant, on vous retrouvez nos frères d’armes dans le monde de la dignité.

  2. GUIRAUD dit:

    Encore un homme d’honneur qui disparait. Lui au moins savait ce que signifiait les mots  » honneur et fidélité  » et le respect de la parole donnée .
    Adieu Hélie va rejoindre tes compagnons d’infortune avec qui tu devais souvent fredonner;

    souvent dans un nuage, je vois les yeux de mon aimée
    je vois son doux visage dans un nuage de fumée.

    puisque on dit que la paix n’existe pas sur terre
    que le monde y est plein de misère
    plein de fureur et plein de bruit .

    ET SURTOUT N’OUBLIE PAS : ZEBRA

     » non rien de rien ,
    non je ne regrette rien
    tout le mal qu’on ma fait ,
    tout celà m’est bien égal

    Adieu Hélie : que le diable t’emporte au paradi

  3. merou69 dit:

    un tres grand monsieur qui peut etre fier de son parcours et qui malheureusement n’existe plus actuellement ou tres rare car trop carriéristeactuellement et qui devait étre content du sort reserver aux armées par ce gouvernement alors que les dangers progressent ( souvent grace à l’incompétence nos politiques qui les aides voir la lybie et ce jour la syrie et installent les islamistes )

  4. maclaren dit:

    HONNEUR A CE GRAND MONSIEUR, A CET IMMENSE SOLDAT, HONNEUR A CET HOMME QUI NOUS MANQUE MAINTENANT MAIS QUI RESTE DANS NOTRE COEUR.

  5. Bonjour
    Merci infiniment d’avoir remonté cette déclaration de Helie de Saint Marc.
    Puisse la jeune génération la prendre en exemple

  6. mireille dit:

    Honneur à vous monsieur – merci pour tout ce que vous avez fait

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