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BIGEARD (5/6):Tu-Lê, de Muong Chen à la rivière Noire

2 comm.
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Il est 19h00, le bataillon Bigeard a rejoint sa position de départ, à l’écart du poste de Muong Chen, quand éclate une fusillade extraordinaire en provenance du poste. Fidèle à sa parole, l’adjudant Peyrol et ses 40 Thaïs engagent le combat avec les guetteurs viêts, de façon à provoquer l’assaut de son poste par les bataillons viêt-minh.

Les voltigeurs que Bernard avait laissé à proximité du poste rendent compte que des centaines de viêts convergent vers Muong Chen dans l’espoir d’anéantir le 6ème BPC qu’ils croient encore être dans le poste. Les combats font rage. C’est le moment pour le bataillon de s’exfiltrer.

« Ici Bruno. En avant. »

Qui ose, gagne !

Le bataillon s’engage sur la piste qui descend dans les gorges de la Nam Chang. La section du sous-lieutenant Ferrari est en tête. Soudain, la piste s’encombre de guetteurs viêts qui attendent l’ordre de monter vers le poste.

La noirceur de la nuit, la baraka et les parachutistes vietnamiens de Bernard évitent au bataillon d’être accroché. La compagnie se fait passer pour une colonne viêt-minh qui va s’installer plus loin pour parfaire le bouclage !

« Ici Bernard, nous traversons une ribambelle de viêts qui nous prennent pour les leurs. »

Dès que toutes les compagnies ont traversé le dispositif de surveillance viêt, Bruno ordonne à tous d’accélérer pour quitter la zone au plus vite.

Ils sont partis depuis quatre heures et ils sont de nouveau éreintés. Les séquelles de ces cinq jours de combat et de manque de sommeil se font déjà sentir à nouveau. La compagnie de Bernard prend contact avec les Thaïs du lieutenant Lavrat sur la côte 1201.

« Bruno à Bernard, dites aux Thaïs de repartir vers It Ong. Continuez vous aussi sur 1 kilomètre et stoppez 1 heure. Je vous donnerai le top départ. »

A peine le bataillon s’est-il arrêté, que les hommes se laissent aller au sol, essayant de voler quelques minutes de sommeil. Au loin, le fracas des combats sur Muong Chen est toujours perceptible. A minuit, une série d’explosions et le silence. Le poste vient de tomber.

L’adjudant Peyrol et le sergent Cheyron, accompagnés de leur 14 Thaïs survivants rejoindront la rivière Noire le 5 novembre, après 15 jours de galère. Ils ont permis au 6ème BPC de passer entre les maille du filet.

Pendant quatre heures, jusqu’au lever du jour, le bataillon marche sans s’arrêter. C’est maintenant que les efforts consentis à l’entraînement portent leurs fruits. Pourtant tous sont épuisés, mais la rage de vaincre est ancrée dans leurs esprits. Ils sont conscients que les viêts ont compris qu’ils se sont fait avoir par la ruse du patron et qu’ils ont repris la chasse.

Il est 09h00 du matin, au-dessus des crêtes, le soleil vient de déchirer les nuages. Le ronronnement des moteurs de 2 B26 se fait entendre.

Hervé, note que Bruno semble plus détendu. Dans quelques kilomètres, ils feront leur jonction avec les Thaïs du lieutenant Lavrat en embuscade au col de Ban It, et juste après le 6ème BPC devrait croiser le bataillon vietnamien envoyé par le colonel Gilles pour couvrir leurs arrières.

Le 6ème BPC est au col, Bruno dit à Lavrat de rester en embuscade jusqu’à sa relève par le bataillon de renfort, et qu’ensuite, il le rejoigne au village de Ban It Ong.

A Muong Chen, Bigeard avait annoncé quatorze heures de marche. Ils en sont à 18 et le poste de Ban It Ong est encore loin.

En arrivant au village de Ban Hoc, le bataillon Bigeard fait sa jonction avec le 56ème bataillon vietnamien. Le 56ème BVN est un jeune bataillon, ainsi qu’en atteste la présence d’encadrement européen. Le 56ème BVN s’est arrêté pour faire une pause déjeuner ! Quelle n’est pas leur surprise de voir surgir les p’tits gars de Bigeard, couverts de boue, les vêtements déchirés, les traits tirés et grimaçants, les pansements sales et informes des blessés.

Les officiers du 56, regardent éberlués, la section de spectres de Ferrari traverser leur bivouac ! Quoi, c’est cela le fameux bataillon Bigeard ? Ce troupeau de clochards ?

Les paras ne s’arrêtent pas, seul Bigeard prend contact avec le chef de ce bataillon aux treillis neufs affichant encore les plis du fer à repasser !

« Montez jusqu’au col où vous relèverez mes Thaïs. Et de grâce, prenez l’affaire au sérieux. Les viêts suivent. Vous les aurez sur le dos avant la nuit. »

Il est 17h00, quand le bataillon arrive enfin au poste de Ban It Ong. La deuxième étape est bouclée, elle a demandé vingt deux heures.

A 19h30, pendant que  paras et Thaïs dévorent un repas préparé en commun, Bruno rassemble ses commandant de compagnie.

« Le dispositif actuel permet de souffler un peu. Les viêts n’ont pas atteint le col de Ban It. »

Le lieutenant Lavrat vient de surgir, couvert de boue et haletant.

« Excusez moi mon commandant, j’arrive du col de Ban It. Nous avons été bousculés par beaucoup de viêts arrivés de Muong Chen. J’ai perdu 15 hommes avant de pouvoir décrocher. Le bataillon vietnamien n’était pas encore arrivé au col. Nous l’avons croisé en dessous du col. Il doit être au contact maintenant. »

Bigeard n’écoute déjà plus, son esprit fonctionne toujours à 3000 tours. Il en déduit que les viêts sont à moins de trois heures de lui, que le 56ème BVN, qui n’est pas installé en défense doit être en train d’éclater cul par-dessus tête ! Une seule chose compte : sauver son bataillon.

« Il est 20h00. Départ du bataillon et des partisans Thaïs à 21h00. Il est impératif que nous atteignions la rivière Noire cette nuit en face de Ta Bu. Il y a cinq heures de marche. Allez préparer vos hommes. »

Bigeard se rend ensuite au bureau du commandant de la garnison de Ban It Ong. « préparez votre départ pour cette nuit. Attendez ce qu’il restera du 56ème BVN et prenez la piste. N’essayez pas d’arrêter les viêts, ils vont submerger la zone. »

En cette soirée du 22 octobre, remettre le bataillon debout, sans repos, après ce qu’il a enduré, relève de l’exploit.

A minuit passé, la compagnie Trapp,  qui est en serre-file, arrive sur une rivière importante. Ce n’est pas encore la rivière Noire. Il s’agit de la Nam Chien qui est son affluent. Après l’avoir traversée, il y aura encore plus d’une heure de marche à parcourir.

Un dernier tournant de piste, une courte descente qui mène à la rivière Noire. En face, sur l’autre berge, les murs du poste de Ta Bu, dont le projecteur vient de les prendre dans son faisceau. Bigeard est là, il attendait sa dernière compagnie. Hervé va se présenter à son commandant. « 12ème compagnie arrivée, mon commandant. Rien à signaler. »

« Et bien Hervé, sourit Bruno, nous avons réussi. »

Bigeard a tenu a franchir la rivière Noire, en dernier, organisant lui-même l’embarquement de ses hommes sur les pirogues qui font la navette. Il a envoyé Tourret sur l’autre rive, pour aider à l’accueil de ses hommes par les « civilisés ».

Le poste de Ta Bu a reçu des renforts en nombre, il n’y a pas de place pour y loger le 6ème BPC. Qu’à cela ne tienne, à l’image des autres commandants de compagnies, Trapp rameute ses « enfants » derrière lui, s’enfonce dans les fourrés et dit un simple mot : « ici ».

A ce mot, la compagnie plie les jambes et s’abat, machine de combat vidée à l’instar des piles des postes radio.

Vainqueur de son pari, mais épuisé, le 6 dort.

Au matin du 23 octobre, Bigeard n’a pas eu le temps de souffler. Un conducteur vient le chercher, et pendant qu’il se hisse péniblement dans la jeep, le conducteur lui rend compte qu’il le conduit chez le colonel Gilles où l’attend le général de Linarès et le colonel Ducourneau. Là Bigeard racontera l’épopée du bataillon. Le résultat est là, les garnisons des postes avancés, les familles des Thaïs ralliés, tous ont été ramenés. Bigeard peut fièrement annoncer : « mission accomplie mon général. »

En 7 jours passés en zone ennemie, confronté à deux divisions viêtminhs, un seul bataillon a sauvé plus de trois cent cinquante supplétifs et partisans Thaïs, et à infligé à l’ennemi des pertes supérieures à son propre effectif.

Ainsi s’achèvent les combats de Tu-Lê du 6ème BPC, le bataillon Bigeard.

Après un nouveau saut dans le passé, nous retrouverons très bientôt Bruno pour d’autres faits d’armes qui ont participé à faire la grandeur de l’armée française et qui ont contribué à bâtir la légende de ce guerrier hors du commun.

Sources:

-Souvenirs personnels (de Diogéne) d’entretiens avec BRUNO

-”Bataillon Bigeard à TU-LÊ” de Alain Gandy

Carte: Wikipédia – Crédit photo: otomo68.over-blog.com

INTRO:

Bigeard (1/6)

 TU-LÊ:

Bigeard (2/6): Tu-Lê, début de l’opération

Bigeard (3/6): Tu-Lê, les viêts arrivent

Bigeard (4/6) : de Tu-Lê à Muong Chen

A SUIVRE = DIEN BIEN PHU

 

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  1. Expression libre dit:

    On arrive parfois à trouver des pépites sur le net. Ces posts sur Bigeard sont une pépite. Merci Diogene!

  2. Bravo, et merci, tant pour l’historien que pour ceux dont il nous conte la geste..

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