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Bigeard (3/6): Tu-Lê, les viêts arrivent

3 comm.
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LES VIETS ARRIVENT……………….

Pendant ce temps, le sous-lieutenant Ferrari (Jacky à la radio), ankylosé par sa nuit de veille en embuscade dit à son adjoint : « cette fois mon vieux, nous allons être aux premières loges. Ils vont sûrement nous tomber dessus aujourd’hui ». Jacky a un goût forcené pour la confrontation brutale, avec insouciance et un mépris total des précautions pour sa propre personne. Qu’il s’agisse de se jeter sur les viêts ou à la gorge d’un officier supérieur « planqué » à Hanoï !

SOUVENIR DE DIOGENE

Le général Le Boudec et le colonel Ferrari, respectivement lieutenant et sous-lieutenant au 6ème BPC sous le commandement de Bigeard à Tu-Lê, nous avaient fait l’honneur d’accompagner Bruno, lorsque ce dernier, était venu nous narrer, à mes camarades et moi, les combats menés par son bataillon durant l’épopée de Tu-Lê. Pendant les récits de nos anciens, il régnait une atmosphère particulière autour de nous et les murs de la salle s’estompaient pour laisser place aux herbes à éléphant et à une végétation luxuriante.

« Jacky de Bernard »

« j’écoute »

« Devant vous, sur la piste dans le défilé, une dizaine de silhouettes se dirigeant vers votre position. »

Magie de l’instant où l’ambiance bascule de l’attente à la résolution. L’ennemi est là. Dans quelques minutes, il va apparaître au bout des lignes de mire et le feu déchirera de son vacarme le paysage cotonneux.

« Jacky de Bernard. Vous les arrêtez sur la piste pour nous laisser le temps de redescendre de nos hauteurs. Ensuite repliez-vous en gardant le contact. »

Les tireurs de Ferrari ont ouvert le feu. Une libération qui chasse les angoisses, l’attente, les fatigues. Les viêts viennent s’empêtrer dans les barbelés et sont fauchés, vague après vagues par les rafales.

La météo est mauvaise, inutile d’espérer un appui aérien. Le 6ème BPC est seul. Pour le moment, il fait face à deux bataillons viêts.

Le repli des sections de la compagnie de Magnillat (Bernard à la radio) s’effectue comme à l’exercice.

Les unités viêts inondent peu à peu le terrain.

Bruno, réagit sans paraître réfléchir : « bien travaillé Bernard, poursuivez rapidement votre repli par la rizière au sud du poste et allez vous installer à deux kilomètres au sud-ouest, sur le petit col qui marque la sortie de la cuvette de Tu-Lê. Tenez-moi ce passage. »

En réalité, il y a déjà de longues heures que Bruno a analysé la situation. Il sait qu’il va devoir organiser sa retraite en direction de Son La. Sur la carte entre 80 et 100 kilomètres de chemin étroit en terre, en trois tronçons inégaux.

cliquez pour agrandir

Le premier partant du col confié à Bernard, gravit sur 10 kilomètres de lacets, les 600 mètres de dénivelée qui mènent au col de Kao Pha gardé par une section depuis la veille.

Le deuxième, d’environ 30 kilomètres, court sur les crêtes jusqu’au poste de Muong Chen, encore tenu par une garnison de supplétifs Thaïs.

Le troisième tronçon, le plus long, suit le cours de la rivière Nam Chang jusqu’à la rivière Noire.

L’absence de tout autre piste forcera l’ennemi à attaquer le bataillon que sur ses arrières. Mais, il y a des risques sérieux : qu’elle sera la marge de temps du bataillon avant que les viêts ne le prennent en chasse et combien de blessés faudra-t-il convoyer ?

A 21h00 ce 19 octobre 1952, un message radio arrive de Hanoï : « repli immédiat sur la rivière Noire. »

La réponse de Bruno fuse : « impossible actuellement. M’estime seul juge de la situation. Quitterai Tu-Lê de jour ».

Bigeard estime que les viêts ne se doutent pas qu’il a installé son bataillon sur trois positions. Pour faire descendre les compagnies de leurs pitons, organiser le bataillon pour le déplacement, il a besoin de deux heures. Il sait que de nuit, il risque l’anéantissement. De plus, il veut attendre les deux cents partisans de Gia Hoï qui sont partis la veille au soir.

Deux heures plus tard, le capitaine Leroy (indicatif radio Polo) signale l’arrivée des partisans Thaïs au pied de son piton.

Hommes, femmes, enfants avec armes et bagages : la garnison de Gia Hoï présente un étrange spectacle au 6ème BPC. Bigeard décide de les installer en point d’appui fermé autour du poste.

La pipe entre les dents, Bruno donne ses dernières consignes à la radio :

« Bruno à Francis, Hervé, Polo, Bernard, cette fois nous y sommes. Ils vont nous tomber dessus. Pas question de lâcher pied. Il faut tenir. Obligatoirement. »

Les commandants de compagnie, l’un après l’autre, répondent : « pas de problème ». L’un d’entre eux ajoute : « ils vont souffrir ».

SOUVENIR DE DIOGENE

Le général Bigeard, pendant son récit, gardait son regard vif pointé sur nous, ponctuant telle ou telle action de gestes de la main ou des bras. Puis soudain, quand il relatait ses échanges radio avec ses compagnies, nous le sentions, il cessait de nous voir, sa main s’approchait de son oreille, comme s’il tenait un combiné, et il donnait ses ordres. Il n’était plus avec nous, il était reparti à Tu-Lê. Il était reparti tenir Giap en échec une fois encore. 

A deux heures du matin, le 20 octobre, les guetteurs entendent claquer une rafale en direction de Tu-Lê. Les fusées éclairantes dévoilent les viêts qui montent à l ‘assaut de la position tenue par Francis, en défense rapprochée du poste. Les sections ouvrent le feu. Une fois leur mouvement dévoilé, les viêts déclenchent un feu d’enfer de mortiers et de mitrailleuses. Malgré leur hargne, les viêts s’empêtrent dans les réseaux de barbelés et offrent des cibles de choix aux tireurs des sections. Les viêts refluent.

Le silence ne dure pas, de nouveaux tirs de mortiers appuient la deuxième tentative ennemie. A leur tour, les vagues d’assaut restent accrochées dans les barbelés et se font hacher par les rafales des paras. Là où le barbelé a cédé, quelques viêts ont pu s’approcher des positions des paras. Les voltigeurs jaillissent de leurs trous de combat et engagent un corps à corps féroce. L’ennemi reflue une fois de plus. Dans le même temps, les compagnies déclenchent leurs tirs d’appui. La surprise est totale pour les viêts qui laissent de nombreux corps dans les hautes herbes.

Si Bigeard, en arrivant le 16 octobre, avait décidé de conserver son bataillon groupé dans le poste, il aurait déjà été submergé. Il a cherché comme à chaque fois à savoir ce que ferait le chef adverse.

Toute la nuit, les viêts vont tenter de s’emparer des pitons tenus par les compagnies et qui verrouillent l’accès au poste, à chaque fois, ils devront refluer, en laissant leurs morts sur le terrain. Cette nuit-là, les viêts auront eu plus de cent tués. Les paras quant à eux déplorent 4 tués et une dizaine de  blessés.

A 06h00, dans le jour naissant, 2 bombardiers B26 apparaissent et plongent sur les colonnes ennemies qui tentent de se mettre à couvert. L’ennemi est estimé à un millier d’hommes.

Pendant ce temps, les compagnies du bataillon s’allègent au maximum. Il va falloir être rapide sur la piste pour échapper à l’encerclement car les viêts ne vont pas en rester là !

Par radio, Bruno réclame 5 Morane afin d’évacuer ses blessés, mais la météo ne semble pas être du côté du 6ème BPC. Il précise tout de même : « limite longue midi ».

Il estime qu’il faudra cinq à sept heures au chef Viêt minh pour mener à bien sa manœuvre d’encerclement. Il est 08h00.

Bigeard convoque le lieutenant Lavrat commandant les garnisons de partisans de Gia Hoï et Tu-Lê : « allégez-vous au maximum. Partez en direction du col de Kao Pha et de Muong Chen, sans nous attendre. Là-haut, prenez contact avec la section Laizé, et prévenez que nous vous suivons à trois ou quatre heures. Bon vent ! Je vous retrouverai à Muong Chen que vous renforcerez provisoirement. »

A 10h00, Bruno et son adjoint ont articulé le bataillon pour le repli. Les ordres sont donnés et dans l’esprit de tous, le mécanisme du repli est parfaitement net.

Vers 11h00, les guetteurs de Magnillat donnent l’alerte.

Des viêts camouflés de feuillages tentent de profiter des accidents de terrain pour s’infiltrer dans le dispositif du bataillon.

Des moteurs d’avions se font entendre dans la brume. De nouveaux ce sont deux B26. Une communication du général de Linarès tombe à la radio : « désolé Bruno, impossible d’envoyer Evasan, météo infecte, les Moranes ne passeront pas. Présence des B26 déjà un coup de chance inespéré. »

Bigeard tape sa pipe sur sa botte de saut. Il n’y a plus à attendre. « A tous de Bruno. Nous démarrons comme prévu. Direction Kao Pha. »

Personne à l’état-major à Hanoï n’accorde une chance de réussite à Bigeard.

Après la phase statique qui a duré 4 jours, commence maintenant la longue marche du 6ème BPC. Plus de 100 kilomètres jusqu’à la rivière Noire, sous la pression de l’ennemi. Personne à l’état-major à Hanoï n’accorde une chance de réussite à Bigeard. Tous pensent que la fatigue et l’impossibilité de parachuter des renforts auront raison du bataillon.

C’est que les habitués des boites et des restaurants de Hanoï, qui ont tant moqué « le bataillon Zatopek » pour ses entraînements sportifs spectaculaires, n’ont pas compris que les efforts imposés par leur chef, ont fait de ces hommes des professionnels de haut vol, ont forgé une résistance physique, un entêtement moral et des qualités manœuvrières qu’on ne retrouve dans aucun autre bataillon…….

Sources:

-Souvenirs personnels (de Diogéne) d’entretiens avec BRUNO

-”Bataillon Bigeard à TU-LÊ” de Alain Gandy

Carte: Wikipédia – Crédit photo: otomo68.over-blog.com DR

 

INTRO:

Bigeard (1/6)

 TU-LÊ

Bigeard (2/6): Tu-Lê, début de l’opération

Bigeard (3/6): Tu-Lê, les viêts arrivent

A SUIVRE

 

468 ad
  1. MERCI
    de nous faire revivre ces pages de l’Histoire d’une armée oubliée par la Nation.
    JJ CVR

  2. oui, Vivement la suite ….
    Elle est attendue, pas seulement par moi …

  3. La Grenouille dit:

    Passionnant ! J’ai hâte de lire la suite…

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